Madame M. la fureur de vivre

Dernière mise à jour : 13 juil.

Madame M. est arrivée à la résidence il y a quelques années. Elle nous accueille dans son studio et nous raconte l'histoire d'une véritable renaissance.




Une entrée fracassante


Chandail fuchsia, pantalon noir à pinces et coiffure impeccable, Madame M. annonce la couleur : « je n’ai rien à cacher » lance-t-elle rieuse avant le début de notre entretien. À son entrée dans la résidence, il y a quelques années, elle n’imaginait pas retrouver l’usage de la marche. « Quand je tombe, je casse. Je me suis cassé le bassin, d’abord le côté gauche, puis les épaules, une après l’autre, les poignets, deux fois de chaque côté et même le coude ! ».


À son entrée dans la résidence, il y a quelques années, elle n’imaginait pas retrouver l’usage de la marche.

Après un nième fracture, elle est hospitalisée 6 mois. Ce sont deux vertèbres cette fois, et sans chuter ! Le comble pour cette personne toujours en mouvement… Après 50 ans d’une vie autonome en appartement, contrainte à l’alitement la majeure partie de son temps, Madame M. fait le choix de l’EMS.



Carpe diem


De la fenêtre de son studio, madame M. observe le parc des Cropettes, regrettant que l’arbre aux quarante écus n’ait pas conservé plus longtemps son feuillage doré. Comment a-t-elle connu la résidence? Une ancienne collègue de travail, elle-même résidente, lui en avait dit le plus grand bien.


« Tout le monde est très gentil, poli, attentionné, non vraiment je n’ai aucune critique, et attendez… on mange très bien ! ». Car s’il y a bien une chose qui l’exaspère ce sont bien « les gens difficiles et compliqués pour manger » qu’elle oppose au personnel de cuisine qui, lui, « se donne une peine pour satisfaire tous les goûts des gens ». Elle conclue, joviale : « Ça m’ insupporte à un point vous ne pouvez pas imaginer ! Même au bout de 6 ans, ça ne m’a pas passé ».


Ca ne sert à rien de s’attacher à ce qui est matériel.

Son studio, douillet et sobrement aménagé contient peu d’effets personnels. Un choix délibéré. Faisant référence à son ancien appartement, elle lance frappée au coin du bon sens : « Parce que j’ai besoin de quoi ici ? De rien. Je ne peux pas remplir quatre pièces dans une. Ça ne sert à rien de s’attacher à ce qui matériel ».


Privilégiant le moment présent aux souvenirs, Madame M. a gardé des liens forts avec sa fille de cœur et ses amis qu’elle voit régulièrement en dehors de la résidence. Ces deniers ne manquant pas de lui donner des nouvelles de leurs petits-enfants, potager ou expédition en montagne par l’envoi de multiples cartes postales.



Le goût du voyage


Arrivée en chaise roulante lors de sa visite de la résidence, on a peine à croire que quelques mois de repos lui suffirent à retrouver pleinement ses facultés motrices. Ce besoin de bouger, c’est d’ailleurs ce qui l’a poussée à découvrir tant de pays dans « sa vie d’avant ». Népal, Chine, Malaisie, Mexique, Afrique du sud Namibie, y a-t-il encore un endroit de la planète qu’elle n’ait pas visité


Arrivée en chaise roulante lors de sa visite de la résidence, on a peine à croire que quelques mois de repos suffirent à retrouver pleinement ses facultés motrices.

Jusqu’à l’arrivée du Covid, Madame M. se rendait chaque année à Ténérife. Dorénavant, ses destinations sont moins exotiques et plus régulières. Chaque été c’est à Locarno qu’elle prend seule ses quartiers pour plusieurs semaines dans un hôtel où elle a ses habitudes. Madame M. a 96 ans.